{"id":175,"date":"2025-06-06T16:53:01","date_gmt":"2025-06-06T14:53:01","guid":{"rendered":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/?p=175"},"modified":"2025-06-08T10:19:58","modified_gmt":"2025-06-08T08:19:58","slug":"les-jardins-statuaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/2025\/06\/06\/les-jardins-statuaires\/","title":{"rendered":"Les Jardins Statuaires"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"blob:https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/a2ef644a-4671-42b1-8279-0c6e5ceabbd0\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"448\" height=\"583\" src=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Capture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177\" style=\"aspect-ratio:0.7684391080617495;width:666px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Capture.jpg 448w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Capture-231x300.jpg 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Jacques Abeille a connu un peu le m\u00eame destin que le h\u00e9ros de son roman. Archiviste oubli\u00e9 de mondes imaginaires, chroniqueur onirique et romancier inclassable, cet \u00e9crivain n\u00e9 en 1942, auteur d\u2019une \u0153uvre foisonnante<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Lampistron\/Desktop\/Les%20Jardins%20statuaires.doc#_ftn1\">[1]<\/a>, est rest\u00e9 plong\u00e9 dans un relatif anonymat jusqu\u2019\u00e0 ce que les \u00e9ditions&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.editions-attila.net\/jardins_statuaires\/livre.html\">Attila<\/a>&nbsp;d\u00e9cident en 2010 de proposer une r\u00e9\u00e9dition des&nbsp;<em>Jardins statuaires<\/em>, magnifiquement illustr\u00e9e par Fran\u00e7ois Schuiten, offrant \u00e0 ce livre fascinant et \u00e0 son auteur, une v\u00e9ritable renaissance litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le protagoniste principal&nbsp; des&nbsp;<em>Jardins statuaires<\/em>&nbsp;est un voyageur dont on ignore tout, arrivant dans un pays dont il ne conna\u00eet rien mais dont il va d\u00e9voiler progressivement les secrets et les arcanes au lecteur au fil de ses p\u00e9r\u00e9grinations. D\u2019entr\u00e9e, Jacques Abeille propose une mise en abyme au lecteur contemporain.&nbsp;<em>Les Jardins statuaires&nbsp;<\/em>se pr\u00e9sentent en effet comme un carnet de voyage dans lequel le voyageur consigne jour apr\u00e8s jour ses impressions et ses r\u00e9flexions sur la contr\u00e9e qui l\u2019accueille et qui donne son titre \u00e0 l\u2019ouvrage&nbsp;: les jardins statuaires. Le r\u00e9cit dans lequel nous plongeons en ouvrant&nbsp;<em>Les Jardins statuaires<\/em>,celui du voyageur, est un travail en cours o\u00f9 l\u2019entrem\u00ealement du discours rapport\u00e9, de la premi\u00e8re personne et du soliloque litt\u00e9raire nous fait assister au patient travail de croissance et de maturation gr\u00e2ce auquel s\u2019\u00e9rige le r\u00e9cit qui devient pour finir une \u0153uvre litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Les Jardins statuaires&nbsp;<\/em>nous plongent dans un univers onirique impossible \u00e0 situer dans le temps et dans l\u2019espace. La contr\u00e9e des jardins statuaires est divis\u00e9e en domaines \u00e9troitement enclos entre de hautes murailles et jalousement administr\u00e9s par des jardiniers d\u2019un genre tout \u00e0 fait particulier puisque les travaux des champs sont ici d\u00e9di\u00e9s au min\u00e9ral plus qu\u2019au r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. Foin de concombres, de past\u00e8ques ou de m\u00e9l\u00e8zes, ce sont des statues que ces jardiniers-l\u00e0 cultivent. Le voyageur qui est invit\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans ces domaines a le rare privil\u00e8ge d\u2019assister \u00e0 la patiente culture des statues qui, d\u2019une excroissance de pierre ayant la semblance d\u2019un champignon, se m\u00e9tamorphosent en bulbes de pierre plus massifs desquels \u00e9mergent bient\u00f4t des excroissances aux lignes plus distinctes, &#8211; nez, pied, sein, main, &#8211; jusqu\u2019\u00e0 ce que la statue acqui\u00e8re sa forme d\u00e9finitive.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les jardiniers cultivent les statues comme les plantes&nbsp;: ils coupent, \u00e9laguent, bouturent, replantent. La minutieuse description de cette \u00e9trange activit\u00e9 par le voyageur est l\u2019occasion pour Jacques Abeille de proposer au lecteur une m\u00e9taphore du travail litt\u00e9raire. Les jardiniers ne savent jamais \u00e0 quelle forme parviendra la statue qui se d\u00e9veloppe gr\u00e2ce \u00e0 leurs soins. Ils ne peuvent compl\u00e8tement orienter sa croissance et per\u00e7oivent tr\u00e8s progressivement, au gr\u00e9 de son d\u00e9veloppement, quel aspect prend petit \u00e0 petit cet \u00eatre de pierre dont leur patient travail favorise l\u2019av\u00e8nement. A eux de savoir quel membre surnum\u00e9raire ils doivent retrancher de la statue en formation, quelle excroissance il faut au contraire laisser se d\u00e9velopper pour parvenir au stade ultime qui sera une nymphe, un homme marchant, un guerrier, un roi sur son tr\u00f4ne ou une toute autre figure. Parall\u00e8lement au travail que les jardiniers accomplissent avec les statues, le voyageur se livre \u00e0 une activit\u00e9 similaire en donnant peu \u00e0 peu corps \u00e0 son r\u00e9cit, en relisant, corrigeant, retranchant, r\u00e9\u00e9crivant pour donner naissance \u00e0 une \u0153uvre de papier et non de pierre. De simple carnet de voyage, l\u2019\u0153uvre grossit, devient r\u00e9cit, \u00e9pop\u00e9e, roman. Insatiable, elle rappelle sans cesse le voyageur \u00e0 sa table de travail. Jacques Abeille, par la plume de son voyageur-chroniqueur, compare le travail d\u2019\u00e9criture \u00e0 une blessure toujours rouverte sur une question \u00e0 laquelle celui qui \u00e9crit tente de r\u00e9pondre en noircissant des pages, en nourrissant continuellement une plante monstrueuse qui ne cesse de cro\u00eetre. Dans les&nbsp;<em>Jardins statuaires<\/em>, l\u2019\u00e9laboration de l\u2019\u0153uvre d\u2019art ou de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, des statues ou du r\u00e9cit, est un processus v\u00e9g\u00e9tal difficilement contr\u00f4lable. C\u2019est une entreprise dangereuse qui peut \u00e9ventuellement entra\u00eener vers la mort celui qui s\u2019y perd, \u00e0 l\u2019image des domaines o\u00f9 les jardiniers d\u00e9pass\u00e9s n\u2019arrivent plus \u00e0 arr\u00eater la croissance de la pierre qui envahit et d\u00e9truit tout, \u00e0 l\u2019image \u00e9galement du voyageur happ\u00e9 et tortur\u00e9 par la r\u00e9daction de son \u0153uvre. Dans son essai&nbsp;<em>Le roman d\u2019aventure<\/em>, publi\u00e9en 1913, Jacques Rivi\u00e8re comparait le roman nouveau dont il appelait la r\u00e9alisation \u00e0 une vaste serre o\u00f9 la luxuriance v\u00e9g\u00e9tale figurerait la profusion quelquefois chaotique ou quelquefois ordonn\u00e9e au r\u00e9cit.Par le seul proc\u00e9d\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit onirique et la description de l\u2019univers fantastique des&nbsp;<em>Jardins statuaires<\/em>, Jacques Abeille donne une singuli\u00e8re illustration de la th\u00e9orie du roman nouveau \u00e9chafaud\u00e9e par Rivi\u00e8re cent ans plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au gr\u00e9 des p\u00e9r\u00e9grinations et des \u00e9crits du voyageur, c\u2019est aussi \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un monde imaginaire parfaitement coh\u00e9rent que nous sommes invit\u00e9s. Avec le souci de l\u2019anthropologue, le voyageur de Jacques Abeille nous d\u00e9taille les relations \u00e9conomiques qui pr\u00e9valent dans la contr\u00e9e des jardins statuaires, les rites qui accompagnent la naissance, l\u2019union des \u00eatres et leur mort. De la culture, de l\u2019architecture, des rites et des croyances de cette \u00e9trange contr\u00e9e, nous apprenons peu \u00e0 peu l\u2019essentiel, mais il reste un angle mort, un tabou qui revient au cours de toutes les conversations que le voyageur a avec ses nombreux interlocuteurs&nbsp;: celui de la place des femmes dans cet univers. Car les femmes qui ont leur domaine r\u00e9serv\u00e9 n\u2019interf\u00e8rent que sous des conditions tr\u00e8s pr\u00e9cises avec la vie des hommes. Nous n\u2019apprendrons que fragmentairement la mani\u00e8re dont ces relations codifi\u00e9es r\u00e9gentent le monde des jardins statuaires et ce serait d\u00e9j\u00e0 lever le secret du r\u00e9cit que d\u2019en dire trop \u00e0 ce sujet. Nous ne pouvons qu\u2019inviter ici le lecteur de cette chronique \u00e0 se procurer au plus vite&nbsp;<em>Les Jardins statuaires&nbsp;<\/em>et \u00e0 se laisser lui aussi entra\u00eener dans ce voyage unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Abeille.\u00a0<em>Les jardins statuaires<\/em>. Illustrations de Fran\u00e7ois Schuiten. Editions Attila. Paris 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Lampistron\/Desktop\/Les%20Jardins%20statuaires.doc#_ftnref1\">[1]<\/a><em>Le cycle des contr\u00e9es<\/em>,qui rassemble \u00e0 lui seul huit ouvrages, auquel s\u2019ajoute une trentaine de publications.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Abeille a connu un peu le m\u00eame destin que le h\u00e9ros de son roman. Archiviste oubli\u00e9 de mondes imaginaires, chroniqueur onirique et romancier inclassable, cet \u00e9crivain n\u00e9 en 1942, auteur d\u2019une \u0153uvre foisonnante[1], est rest\u00e9 plong\u00e9 dans un relatif &hellip; <a href=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/2025\/06\/06\/les-jardins-statuaires\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-175","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecturespourtous"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=175"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions\/178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}