{"id":134,"date":"2024-02-18T23:15:49","date_gmt":"2024-02-18T22:15:49","guid":{"rendered":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/?p=134"},"modified":"2025-06-08T10:31:45","modified_gmt":"2025-06-08T08:31:45","slug":"camionneurs-grosses-bastons-et-anarcho-populisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/index.php\/2024\/02\/18\/camionneurs-grosses-bastons-et-anarcho-populisme\/","title":{"rendered":"Camionneurs, grosses bastons et anarcho-populisme"},"content":{"rendered":"\n<p>Les films de Sam Peckinpah se rangent, semble-t-il, pour les cin\u00e9philes, en deux cat\u00e9gories. On distingue d\u2019une part les \u0153uvres majeures, comme\u00a0<em>La horde sauvage<\/em>\u00a0et son final ultraviolent qui a marqu\u00e9 durablement l\u2019histoire du 7e art, ou encore\u00a0<em>Les chiens de paille<\/em>\u00a0qui voit un petit mari timide se transformer en tueur implacable face \u00e0 une troupe de violeurs alcooliques irlandais. Face \u00e0 ces monuments, on range volontiers dans la cat\u00e9gorie des \u00ab films mineurs \u00bb, des \u0153uvres telles que\u00a0<em>Apportez-moi la t\u00eate d\u2019Alfredo Garcia<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>Convoy<\/em>. On retrouve toujours chez Peckinpah une fascination pour les d\u00e9class\u00e9s en tout genre et les outlaws de tout poil. Dans\u00a0<em>La horde sauvage<\/em>, il s\u2019agit du ramassis de gangsters rassembl\u00e9 autour de la figure de Pike Bishop\u00a0 tandis que dans\u00a0<em>Apportez-moi la t\u00eate d\u2019Alfredo Garcia<\/em>, une troupe h\u00e9t\u00e9roclite de tueurs de bas \u00e9tage et de malfrats m\u00e9diocres se pressent, voire s\u2019entretuent, pour retrouver la t\u00eate d\u2019Alfredo Garcia, d\u00e9funt amant de la fille du terrible El Jefe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans\u00a0<em>Convoy<\/em>\u00a0cependant, on ne trouvera ni outlaws sanguinaires, ni desperados sans foi ni loi, mais toujours des d\u00e9class\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine : une poign\u00e9e de chauffeurs routiers, Martin \u2018Rubber Duck\u2019 Penwald, Bobby \u2018Love Machine\u2019, \u2018Pig Pen\u2019, \u2018Spider Mike\u2019, qui sillonnent les autoroutes d\u00e9sertes de l\u2019Arizona et qui se trouvent en butte \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 d\u2019un sh\u00e9rif local, incarn\u00e9 par un vieil habitu\u00e9 des productions de Peckinpah, Ernest Borgnine. Avec ce personnage, le film prend d\u00e9j\u00e0 un tour gentiment politis\u00e9 et anarchiste. Borgnine est l\u2019incarnation non pas de la loi mais de l\u2019arbitraire. Il est \u00e0 la fois injuste, corrompu et violemment d\u00e9termin\u00e9, au point de passer \u00e0 tabac \u2018Spider Mike\u2019, un des amis du \u2018Rubber Duck\u2019, tomb\u00e9 entre ses griffes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"256\" height=\"389\" src=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy_film_poster.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-135\" srcset=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy_film_poster.jpg 256w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy_film_poster-197x300.jpg 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ce peu recommandable repr\u00e9sentant de la loi, \u2018Rubber Duck\u2019, \u2018Pig Pen\u2019 ou \u2018Spider Mike\u2019 campent des figures d\u2019am\u00e9ricains moyens, de rudes mais honn\u00eates travailleurs. Ils symbolisent une Am\u00e9rique des gens simples, des motels, des relais routiers, une Am\u00e9rique telle que Christopher Lasch a pu la r\u00eaver, \u00ab une nation d\u2019\u00e9gaux, travailleuse et d\u00e9mocratique, pour qui la r\u00e9ussite ne r\u00e9sidait pas dans la promotion sociale. Un mythe aujourd\u2019hui tr\u00e8s lointain, mais qui, comme tout mythe, garde une puissance \u00e9vocatrice capable d\u2019\u00e9branler l\u2019arrogance du colosse d\u2019argile am\u00e9ricain. \u00bb<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Lampistron\/Desktop\/Idiocratie\/Convoy\/Convoy.doc#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Les h\u00e9ros de Peckinpah ne sont pas des\u00a0<em>self-made men\u00a0<\/em>avides de profit, ils n\u2019incarnent pas ce mod\u00e8le de r\u00e9ussite capitaliste et tapageuse qui a tellement su s\u00e9duire nos \u00e9lites les plus vulgaires. Ces conducteurs de poids-lourds tiennent plus du cow-boy, ou du\u00a0<em>gaucho\u00a0<\/em>sud-am\u00e9ricain. Ce sont des hommes avant tout \u00e9pris de leur ind\u00e9pendance et de leur libert\u00e9. Ils font partie de ceux qui, dans cet envers rural et d\u00e9sertique de l\u2019Am\u00e9rique conqu\u00e9rante et ultra-consum\u00e9riste que repr\u00e9sente encore le grand ouest, contribuent \u00e0 perp\u00e9tuer le vieux mythe fondateur de la fronti\u00e8re et les valeurs de l\u2019Am\u00e9rique aventureuse et volontiers r\u00e9actionnaire des\u00a0<em>rednecks<\/em>, des\u00a0<em>white trash\u00a0<\/em>et des sympathiques laiss\u00e9s pour compte et artisans de la grandeur de l\u2019Empire.\u00a0<em>Guns and guts made America great.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"494\" src=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography-1024x494.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-136\" srcset=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography-1024x494.jpg 1024w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography-300x145.jpg 300w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography-768x371.jpg 768w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography-1536x742.jpg 1536w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-cinematography.jpg 1539w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Convoy (1978). Sam Peckinpah Cinematography: Harry Stradling Jr. Photo by: John R. Shannon<br><br><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cet univers, Peckinpah le d\u00e9peint avec tendresse et l\u2019oppose m\u00eame assez sch\u00e9matiquement \u00e0 la brutalit\u00e9 born\u00e9e de la police locale. La d\u00e9monstration est peu nuanc\u00e9e, mais au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9roule l\u2019histoire de\u00a0<em>Convoy<\/em>, le film acquiert une profondeur que les premi\u00e8res s\u00e9quences ne laissaient pas forc\u00e9ment soup\u00e7onner. Alors, en effet, que nos sympathiques routiers sont poursuivis par la haine tenace du sh\u00e9riff, ils commettent l\u2019imprudence de faire halte dans un snack local pour profiter d\u2019une bi\u00e8re et de la g\u00e9n\u00e9reuse tendresse des serveuses de l\u2019\u00e9tablissement. La confrontation entre les routiers au repos et les sbires de la police locale, venus les harceler jusque dans leur modeste havre de paix, donne \u00e0 Peckinpah l\u2019occasion d\u2019orchestrer une sc\u00e8ne de bagarre de bar digne des plus grands moments de Bud Spencer et Terrence Hill. La sc\u00e8ne de poursuite qui s\u2019ensuit, alors que les camionneurs fuient le restaurant ravag\u00e9, rappellera quant \u00e0 elle aux amateurs les cascades burlesques de\u00a0<em>Sh\u00e9rif fais-moi peur<\/em>. Peckinpah use et abuse du proc\u00e9d\u00e9 du ralenti, qui est devenu avec le temps sa marque de fabrique\u00a0: on voit m\u00eame apr\u00e8s une poursuite hom\u00e9rique se terminant pour l\u2019un des protagonistes \u00e0 travers un panneau publicitaire, un des conducteurs, frapper de d\u00e9pit sur le capot de son v\u00e9hicule hors d\u2019usage<em>\u00a0au ralenti<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"650\" height=\"281\" src=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/convoy-duck.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-137\" srcset=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/convoy-duck.jpg 650w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/convoy-duck-300x130.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Si\u00a0<em>Convoy<\/em>\u00a0ne se r\u00e9sumait qu\u2019\u00e0 des bagarres de bar dans le style bouffon et \u00e0 de baroques sc\u00e8nes de poursuites, il ne resterait malgr\u00e9 tout qu\u2019une \u0153uvre, moins que mineure, parfaitement dispensable. Or, le film prend tout son sens et toute son ampleur \u00e0 compter du moment o\u00f9 les quatre protagonistes principaux, \u2018Rubber Duck\u2019, \u2018Love Machine\u2019, \u2018Pig Pen\u2019 et \u2018Spider Mike\u2019, d\u00e9cident de foncer \u00e0 bord de leurs camions vers la fronti\u00e8re du Nouveau Mexique o\u00f9 ils esp\u00e8rent enfin pouvoir \u00e9chapper au constant harc\u00e8lement de la police locale. A partir de l\u00e0 commence un\u00a0<em>road movie<\/em>\u00a0sans v\u00e9ritable \u00e9quivalent dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma am\u00e9ricain. Tandis que les fugitifs tentent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leurs poursuivants, les manifestations de solidarit\u00e9 et les encouragements gr\u00e9sillent sur les CB. Au fil des kilom\u00e8tres, d\u2019autres routiers se joignent au convoi emmen\u00e9 par le charismatique \u2018Rubber Duck\u2019. Ce sont bient\u00f4t cinq, puis dix, vingt, cinquante v\u00e9hicules qui se ruent en file serr\u00e9e et \u00e0 tombeau ouvert sur les highways du grand ouest am\u00e9ricain. L\u2019objectif premier des fugitifs, rallier le Nouveau Mexique, semble soudain devenu secondaire. Le convoi devient un symbole, un mouvement contestataire qui rassemble les participants les plus enthousiastes et les v\u00e9hicules les plus h\u00e9t\u00e9roclites\u00a0: monstres de m\u00e9tal sur dix-huit roues, transport de b\u00e9tail, de produits chimiques, car scolaire emmenant une congr\u00e9gation religieuse hippie et m\u00eame un v\u00e9hicule agricole \u00e9pandeur d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, averti de l\u2019\u00e9pop\u00e9e h\u00e9ro\u00efque de cette version chrom\u00e9e et motoris\u00e9e de la longue marche, tente d\u2019abord d\u2019employer la force pour l\u2019arr\u00eater et capitule quand il s\u2019av\u00e8re que le camion du \u2018Rubber Duck\u2019 lui-m\u00eame transporte des mat\u00e9riaux instables que la moindre balle risquerait de faire exploser sous l\u2019\u0153il des cam\u00e9ras embarqu\u00e9es des v\u00e9hicules de t\u00e9l\u00e9vision qui se sont joints au convoi. La tentative d\u2019interview men\u00e9e par un reporter juch\u00e9 sur le plateau arri\u00e8re d\u2019un pick-up avec son cam\u00e9raman et qui se porte \u00e0 la hauteur du camion de \u2018Rubber Duck\u2019 pour l\u2019interroger donne d\u2019ailleurs lieu \u00e0 l\u2019une des plus belles sc\u00e8nes du film. Qui se cache derri\u00e8re ce pseudonyme, \u2018Rubber Duck\u2019, demande le journaliste, un syndicaliste\u00a0? Un r\u00e9volutionnaire\u00a0? Un leader politique\u00a0? Personne, r\u00e9pond l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Juste un type ordinaire. Et que veut ce type ordinaire\u00a0? Quelles sont ses revendications\u00a0? demande encore le reporter.\u00a0 Aucune, r\u00e9torque \u2018Rubber Duck\u2019. \u00ab\u00a0Je conduis, c\u2019est tout.\u00a0\u00bb Devant l\u2019insistance du reporter \u00e0 obtenir des r\u00e9ponses plus pr\u00e9cises, \u2018Rubber Duck\u2019 fait alors un geste vague en direction de la cinquantaine de v\u00e9hicules qui le suivent\u00a0: \u00ab\u00a0Demandez-leur \u00e0 eux pourquoi ils me suivent, ils vous le diront\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne qui suit d\u00e9montre qu\u2019il ne faut jamais n\u00e9gliger les films mineurs des grands cin\u00e9astes car ils r\u00e9servent quelquefois de v\u00e9ritables tr\u00e9sors. Le reporter et le v\u00e9hicule de t\u00e9l\u00e9vision, suivant l\u2019injonction du \u2018Rubber Duck\u2019, entament une longue descente le long de la colonne de v\u00e9hicules, filmant et interrogeant chaque conducteur sur ses revendications et les motivations qui l\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 rejoindre cette manifestation m\u00e9canique improvis\u00e9e et la longue cohorte des protestataires. Le plan est admirable, il constitue \u00e0 la fois une mise en abyme cin\u00e9matographique et une critique virulente de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Le v\u00e9hicule du reporter descendant lentement le long de la colonne de poids lourds filme de cabine en cabine une succession de sayn\u00e8tes dans lesquelles chaque interview\u00e9, au volant de sa machine, se tourne vers la cam\u00e9ra et exprime ses revendications. Pendant dix minutes de ce micro-trottoir improbable, Peckinpah laisse s\u2019exprimer l\u2019Am\u00e9rique des d\u00e9class\u00e9s,\u00a0 des travailleurs qui abandonnent femmes et enfants au foyer pour sillonner les routes, de tous les modestes oubli\u00e9s du r\u00eave am\u00e9ricain. Du prix de l\u2019essence aux humiliations inflig\u00e9es par les forces de l\u2019ordre, de la frustration de l\u2019arm\u00e9e des laborieux \u00e0 la col\u00e8re de l\u2019ancien combattant du Vietnam, des revendications des noirs am\u00e9ricains au d\u00e9sespoir de l\u2019ouvrier jet\u00e9 hors de son usine, tout y passe. Peckinpah r\u00e9ussit en une sc\u00e8ne le tour de force de donner soudain une voix \u00e0 tous ces anonymes, cette voix qui \u00e9ructe tout au long du film en arri\u00e8re-plan sur les postes radios des camions des blagues salaces, des provocations libertaires et des confessions d\u00e9senchant\u00e9es dans un langage cod\u00e9 que les autorit\u00e9s essaient sans succ\u00e8s de d\u00e9chiffrer. Il ne reste plus \u00e0 ces individus d\u00e9racin\u00e9s et brinquebal\u00e9s d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays par une impitoyable logique \u00e9conomique que cette voix port\u00e9e par les ondes, que ces codes qui leur appartiennent et que leurs camions qui deviennent, r\u00e9unis dans ce convoi, l\u2019arme de leur col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"672\" height=\"372\" src=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-Peckinpah-1978-672x372-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-138\" srcset=\"https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-Peckinpah-1978-672x372-1.jpg 672w, https:\/\/bienvenueenidiocratie.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Convoy-Peckinpah-1978-672x372-1-300x166.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 672px) 100vw, 672px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On pourrait croire \u00e0 lire ceci que\u00a0<em>Convoy<\/em>\u00a0s&#8217;apparente \u00e0 une \u0153uvre marxiste. Ce n\u2019est pas le cas. Le film de Peckinpah est populiste dans le sens premier du terme, celui que Vincent Coussedi\u00e8re se r\u00e9approprie dans son excellent essai,\u00a0<em>Eloge du populisme<\/em>, publi\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment aux \u00e9ditions Voies Nouvelles, c\u2019est le populisme qui dressait aux Etats-Unis d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle des ouvriers, des paysans ou des artisans contre le pouvoir des trusts, le populisme des r\u00e9volutionnaires pr\u00e9-bolcheviques en Russie \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque ou le populisme des luddites en Angleterre ou des Canuts en France qui se r\u00e9voltent au d\u00e9but de la r\u00e9volution industrielle contre cette id\u00e9ologie d\u00e9voreuse d\u2019hommes qui guide d\u00e9j\u00e0 le premier capitalisme. C\u2019est ce populisme, explique aujourd\u2019hui Coussedi\u00e8re, qui donne \u00e0 ce peuple turbulent qui \u00e9chappe par essence \u00e0 toute d\u00e9finition id\u00e9ologique, politique, ethnique ou sociologique syst\u00e9mique, la volont\u00e9 de d\u00e9fendre sa propre d\u00e9finition du bien commun contre les empi\u00e9tements de toutes sortes dans un mouvement profond\u00e9ment libertaire que les proph\u00e8tes de la modernit\u00e9 s\u2019empressent de qualifier de r\u00e9actionnaire et dont les d\u00e9magogues essaient toujours de tirer profit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce populisme-l\u00e0, que Vincent Coussedi\u00e8re distingue avec raison dans son petit essai de la d\u00e9magogie, Sam Peckinpah en donne dans\u00a0<em>Convoy<\/em>\u00a0une superbe \u00e9vocation cin\u00e9matographique. Dans l\u2019une des sc\u00e8nes du film, un rus\u00e9 politique tente d\u2019approcher celui qu\u2019il identifie comme le meneur du mouvement, le \u2018Rubber Duck\u2019, incarn\u00e9 par un Kris Kristofferson qui trouve l\u00e0 un r\u00f4le \u00e0 la mesure de ceux qu\u2019il incarnera dans\u00a0<em>Pat Garrett et Billy le Kid<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>La porte du paradis<\/em>. Aux promesses du d\u00e9magogue, le \u2018Rubber Duck\u2019 oppose la m\u00eame r\u00e9ponse qu\u2019au reporter un peu plus t\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne vais nulle part, je ne m\u00e8ne personne, ceux qui le veulent se contentent de me suivre.\u00a0\u00bb Le v\u00e9ritable populisme r\u00e9side d\u2019abord dans cette capacit\u00e9 de refus et dans cette reconqu\u00eate d\u2019une libert\u00e9 railleuse, belliqueuse et ennemie de tout syst\u00e8me, de l\u2019anarchisme en somme.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"C.W. McCall - Convoy\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Sd5ZLJWQmss?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">C.W. McCall &#8211; Convoy<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les films de Sam Peckinpah se rangent, semble-t-il, pour les cin\u00e9philes, en deux cat\u00e9gories. 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